BIGFLO & OLI

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Ils sont un peu plus vieux que Booba… À eux deux. Si on doit parler de new school, Florian et Olivio, 22 et 18 ans, d’origine argentine et algérienne, remplissent le cahier des charges. Ils ne sont pas des rookies pour autant : après des dizaines de scènes, notamment les plateaux Rap Contenders où ils ont multiplié les freestyles d’improvisation, leur EP Le Trac, sorti en avril 2014, a révélé leur plume versatile et leur goût pour les histoires bien écrites, pas toujours conclues par un Happy End.

« Monsieur Tout Le Monde », avec un feat de Kyan Khojandi dans le clip qui totalise plus de deux millions de vues, l’a démontré avec brio. Bigflo : « Ça a été assez dingue, ça nous a un peu dépassé. C’était risqué de sortir ce titre en premier, mais on a voulu étonner les gens. Et du coup, on a été repérés par des médias plus adultes, qui ne nous connaissaient pas avant. Ça a été un deuxième point de départ ».

Suit la kyrielle promotionnelle et télévisuelle habituelle, et de nombreux concerts. « Putain d’année », résume sobrement Oli. Restait à transformer l’essai. Ça tombe bien, les deux frérots sont prêts, chauds bouillants, avec des lyrics frais et des nouvelles versions de leurs « classiques », les morceaux qu’ils font tourner en live depuis longtemps (oui, ils sont jeunes mais ils ont déjà une longue histoire). « Comme on a commencé tôt à faire des scènes, ça nous a donné l’envie d’écrire des histoires vite compréhensibles », explique Oli. « C’est 50/50, chacun écrit son couplet. On aime bien la thèse antithèse » complète Bigflo.

Des textes qui veulent dire quelque chose et qui racontent des histoires ? Presque une anomalie au milieu d’un hip-hop français tenté par la punchline systématique et la fascination de l’illicite. « On n’a jamais été dans la tendance, on préfère en créer une nouvelle. Si le rap a touché les gens, c’est parce qu’il raconte quelque chose. Ça va faire hurler mais dans mes références il y a Manau, ils avaient des histoires de guerriers, de druides, ça m’a marqué quand j’étais petit. Mon morceau préféré de L’Ecole Du Micro D’Argent c’est “Un Cri Court Dans La Nuit” » raconte Bigflo. « Les histoires, c’est ce qui fait vibrer tout le monde » résonne Oli, le philosophe sans la barbe.

Et des histoires, La Cour Des Grands n’en manque pas. 16 titres (plus « Monsieur Tout Le Monde » et « Gangsta » en bonus) qui donnent un bon aperçu de la palette de sentiments et de sujets déployée par le duo fraternel. « Pour “Le Cordon”, j’étais tranquille devant la télé et Oli me dit “J’ai une idée de thème, ça serait ouf. Je voudrais écrire le couplet d’un enfant avorté qui parlerait à sa mère”. J’ai réfléchi et je lui ai dit “Si tu écris ça, moi je fais le couplet de la mère qui lui répond”. C’est un jeu au final » se souvient Bigflo pour évoquer un des titres forts du disque.

Le côté obscur est ce qui ressort à la première écoute de l’album des jeunes Toulousains. Bigflo : « On a un côté sombre, les gens ont pu le voir avec “Monsieur Tout Le Monde”. Depuis qu’on commence à écrire, on aime bien les thèmes durs, les histoires qui prennent aux tripes. On écoutait Sinik et Diam’s quand on était jeunes, Kéry James aussi, ça nous a peut- être influencé. Bizarrement, dans la vie on est des types plutôt marrants et positifs mais artistiquement on est plus à l’aise dans le triste ». Oli : « Le pire c’est que j’ai le syndrome du mélancolique, il y a des morceaux que je ne trouve même plus tristes, comme “Le Bouchon” ».

Tout n’est pas sombre chez Bigflo & Oli : « Comme D’Hab » est un single de soirée… Ou presque. « Le thème c’était l’anti party song. Nous on a des soirées pas top où on rigole bien » explique Oli, « des soirées où le pote te dit “Viens, ça va être mortel, il y aura une piscine” et quand tu arrives, c’est une piscine gonflable avec des mecs bourrés ».

Histoire de développer les personnalités complémentaires mais différentes des deux rappeurs, deux titres solo sont inclus : « J’Attends La Vague » pour Bigflo avec des dérapages dubstep, « Le Philosophe Sans La Barbe » et son texte très personnel pour Oli. Bigflo : « Nos solos c’était comme des fables. Le couplet d’Oli dans son titre est un des meilleurs. Je me suis senti nul en l’écoutant. Je m’en suis pris plein la gueule ». « Miroir » est un rap « du futur » où Bigflo & Oli parlent à eux-mêmes quand ils seront plus vieux, « Le Bijoutier » a été inspiré par un fait divers niçois, « Ça Coûte Rien » revient sur les années de galère.

Pour façonner les musiques de ces textes lourds et ambitieux, il fallait des producteurs à la hauteur. Ils sont trois, en la personne du duo new-yorkais Likeminds et de Clément « Animalsons », beatmaker légendaire de la scène française, pour les trois titres « Raccroche », « Nous Aussi » et « Nik Ta Mère ».

Bigflo : « Likeminds, ils viennent de Brooklyn, ils avaient bossé à distance sur un titre du EP, “Quand Même”. Notre directeur artistique les a fait venir en studio à Toulouse. On ne voulait pas au début. On est très sectaires mais on a bien fait de tester parce qu’au final on a créé quatre, cinq instrus en trois jours avec eux, et ils ont bossé sur quasiment tout l’album. On a été à New York avec eux dix jours, c’était un rêve ! On pensait le faire quand on aurait 30 ans et la barbe. Une expérience de fou ». Et comme les frangins sont aussi musiciens (l’un est batteur, l’autre trompettiste, et tous les deux ont fait le conservatoire), ils ont ajouté leur expertise au travail de leurs producteurs.

Le résultat de toute cette énergie déployée, de toutes ces rimes aiguisées, de tous ces beats balancés, c’est La Cour Des Grands, un album qui porte fièrement son nom.
« On essaie de ne pas perdre la passion et l’envie, même si ça ne marche pas » lâche Oli soudain mélancolique. Pas de danger : ces talentueux petits ont déjà tout des grands.

Sauf l’arrogance.

 

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