HINDI ZAHRA

HINDI ZAHRA

HINDI ZAHRA

Homeland, deuxième album d’Hindi Zahra, comme un retour aux sources.

Hindi Zahra a grandi au Maroc, entourée de musiques et de danses. Biberonnée à la musique traditionnelle berbère, à la musique indienne et égyptienne, au rock psychédélique, au reggae et à la soul. A 12 ans, elle arrive à Paris. Le début d’une nouvelle vie, qui allait bientôt tourner, comme au début d’une longue transe, autour de la musique. Elle est montée sur scène pour la première fois à 17 ans, pendant la Fête de la musique. « Je me suis sentie libérée », dit-elle. Hindi Zahra est venue à l’enregistrement et au disque par la scène. D’abord, cette chanson coup de cœur qu’elle a composée il y a maintenant presque dix ans, Beautiful Tango, dont la démo tournait sur Radio Nova dès 2007, en préambule à son premier album, le bien-nommé Handmade trois ans plus tard, album produit par elle seule, de A à Z, imposant déjà sa vision, son style et son tempo. Succès public et reconnaissance de la profession : signée chez Blue Note, elle remporte le prix Constantin en 2010, une Victoire de la Musique (catégorie Musiques du Monde) l’année suivante et voit son album sortir dans plus de 20 pays, s’écoulant au total à plus de 135 000 exemplaires. Avec Handmade, Hindi Zahra a fait 400 concerts dans le monde pendant deux ans et demi. Jouer jusqu’à l’épuisement, tourner jusqu’à l’étourdissement, en quête d’une transe qui ne laisse pas indemne.

Dès la fin de sa tournée, Hindi Zahra prend la décision de s’installer un an à Marrakech. Seule, dans un riad de la médina, comme un cocon ouvert sur l’extérieur. Pour se reposer, et trouver le chemin de sa musique. « Une vraie descente dans la solitude… Pour digérer une histoire et la raconter, en tirer des chansons de transe, libérées. Parfois je faisais les courses pour deux semaines, et je ne sortais plus. » Parce qu’il est question de transe, elle commence par explorer des rythmes, avec Rhani Krija, un musicien d’Essaouira qui fait une carrière internationale. « Il est arrivé avec une camionnette remplie de percussions, qu’il a étalées dans le patio du riad. On choisissait, on mélangeait : des rythmes cubains avec des percussions marocaines, des rythmes marocains avec des percussions indiennes… » La suite – la composition, les chansons, les arrangements – va naître sur ce tapis de percussions, tissé pendant près d’un an.

Comme dans l’immeuble musical de son enfance, Hindi Zahra connaît tous les étages. Elle passe du temps dans des grottes entre Essaouira et Agadir, puis va en haut des montagnes, avec les paysans berbères qui scrutent l’océan. Hindi Zahra sort de sa retraite, ses chansons l’appellent au large. A Cuba, en Jordanie, en Egypte, en Italie, en Andalousie – à Cordoue, elle enregistre avec le guitariste flamenco Juan Fernández « El Panky ». Elle est aussi actrice, dans deux films : The Narrow Frame of Midnight de Tala Hadid et The Cut du réalisateur allemand Fatih Akin – c’est elle l’embrassée sur l’affiche du film. Ces voyages et ces expériences rencontrent des passions musicales tenaces (Miriam Makeba, Césaria Evora, Marvin Gaye ou Nina Simone, dont Zahra a repris Just Say I Love Him sur un récent album-hommage), et dessinent la route ascensionnelle de Homeland.

Elle termine l’enregistrement de l’album à Paris, et honore ses racines touarègues en invitant le guitariste Bombino à jouer sur To The Forces. Le percussionniste Brésilien Ze Luis Nascimento redonne le goût du voyage aux chansons, et une équipe de musiciens se forme autour d’elle (le bassiste Jeff Halam, le batteur Alberto Malo, le flûtiste Jocelyn Miennel…). Hindi Zahra arrive au bout d’une odyssée initiatique qui a duré deux ans et demi. Mais pour l’auditeur, ce n’est que le début du voyage. Homeland s’écoute comme on feuillette un journal de bord, comme on remonte le cours d’une vie. Il y a quelque chose d’essentiel, d’élémentaire dans cet album : la chaleur du soleil, le bruit de l’océan, l’espace, des chansons qui se meuvent comme des marées ou des nuages. On reconnaît des styles musicaux, beaucoup de styles musicaux, mais ils ont oublié leur nom, tous fondus et portés par le tempo chaloupé et capiteux qui donne son cap à l’album. Des chansons d’aventurière qui, remontée des tréfonds, danse sur les flots et vogue sur les déserts. Il y a de la mélancolie dans les

chansons d’Hindi Zahra, mais de l’extase dans sa voix, et des mélismes qui font le tour du monde en spirales. Une soul mondiale progressive, qui libère les corps et les cœurs en douceur, en profondeur.

 

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