JABBERWOCKY

JABBERWOCKY

JABBERWOCKY

Tout a commencé dans l’ombre pour Jabberwocky, formé par trois étudiants en médecine. La musique comme remède, et leur premier titre « Photomaton », une épidémie, faisant proliférer sur les ondes le spleen d’une femme fatale, au point de non retour. Propulsés par ce single envoûtant, ce trio singulier poursuit sa percée virulente.

Après une première tournée, l’EP Pola est venu confirmer la tendance à capter les auras séducteurs des instants-photos, et affermir l’inscription sur la scène électro. Immergés désormais dans les tempos lents et lourds mais toujours énergiques, Simon, Camille et Manu, nous font la preuve de leur connaissance du monde des ombres, avec un premier album : Lunar lane.

Découvrant ce chemin tracé par cet astre que Nerval nommait « le soleil
noir de la mélancolie », les Jabberwocky poursuivent cette passion
de l’oiseau de feu, au cri strident et vivant dans une vallée désespérante
et obscure. Comme un étrange fantôme, que l’on suit à mesure qu’il
nous fuit, et où tout culmine dans un have been, un toujours déjà perdu.
C’est la naissance d’une identité musicale. « Il était temps d’ouvrir cette fenêtre sur la musique que nous voulons faire, apporter quelque chose de nouveau tout en laissant les portes ouvertes pour la suite. L’idée étant de reconnaître Jabberwocky quand la musique commence, mais de ne pas toujours savoir à quoi s’attendre avant de l’écouter » confient-ils.

Cet album réunit de nombreux featurings, et c’est tout le concept du groupe : faire appel à des voix différentes, collaborer avec les artistes qu’ils rencontrent sur leur route. Ces voix surgissent de ces espaces où le chant vient naturellement sublimer le sentiment du son. Des univers gigognes, inlassablement recommencés dans un état de flou onirique, où se tissent le fil des rêveries ; nouant ainsi les liens qui nous ramènent continuellement à nous-même comme à l’autre.

Le chemin de l’album commence bien par « Maze », c’est l’oreille elle-même : « Je suis ton labyrinthe », nous murmure-t-on. Aussi attentive au son lui-même qu’à ce vers quoi il nous entraine, elle suit les échos qui de loin en loin se répondent, les reflets de tout ce qu’elle recueille sur les parois d’une caverne intérieure. Comme la mise en abîme d’une nuit, que la musique singularise et change finalement en destin. Nuit qui nous aspire et dans laquelle plus dure et plus belle est la chute, rendant le dur son de la matière. Et nous, fantômes disparaissant, marchons seuls dans la brume (« FOG »). Surgit alors « Alastor », démon furtif qui nous élance dans les dédales de l’épique mouvement et de la passion destructrice. Mouvement qui nous propulse à la rencontre des évènements comme pour mieux se révéler à nous mêmes : voyage de l’enfance à l’amour (« Holding up »).

Mais il est de ces évènements nocturnes qui donnent aussi bien l’ivresse que le vertige (« Dizzy Youth »), dessin des replis d’une jeunesse pleine de ces espoirs toujours remis en question. La tête qui tourne et le corps désarticulé, c’est le temps des pertes et des errances, je-néant-vide-rien (« Erratum »), sonnant comme la détresse d’une singularité vengeresse. Elle résonne comme le désir débordant, ce feu issu de l’étincelle des corps, grandissant de façon implacable, symbole brûlant de l’inertie menaçante (« Ignition »). Nuit de damnation, où l’on n’est plus soi-même, où l’on s’abandonne. Illusion d’une intime réalité où l’on ne fait plus qu’un avec ce reflet qui prétendait être un autre. Il ne reste plus qu’à prendre le virage au flan, ô délire, pour aller vers son risque, et délivrer le heureux hasard qui nous sauve de la perte (« Jeopardy »). Nous avons déjà rencontré ces démons dans nos vieux cauchemars, « qui a rejeté ses démons nous ennuie avec ses anges» écrit Michaux, c’est pourquoi nous les élèveronsen nous! (« Quantif »).

Ce premier album dévoile l’univers des Jabberwocky à la lumière autant qu’il nous entraîne dans son propre mystère.

 

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