LOU DOILLON

LOU DOILLON

LOU DOILLON

En un seul album et quelques chansons magiques (I.C.U, Devil Or Angel, Make A Sound), Lou Doillon s’est imposée, en 2012, comme l’une des artistes les plus singulières et talentueuses de sa génération. Sa voix magnétique n’a laissé personne insensible. Unanimité critique, succès public, Places a rallié tous les suffrages, avec 300 000 exemplaires écoulés dans le monde (dont 200 000 en France). En tuteur bienveillant, Étienne Daho, qui avait arrangé et réalisé avec brio ce premier LP, eut raison de pousser Lou Doillon dans le grand bain. L’année de ses trente ans, l’actrice précoce s’est révélée chanteuse affranchie. La profession la couronna d’ailleurs, en février 2013, d’une Victoire de la musique pour l’artiste féminine de l’année. Une longue tournée l’emmena de Paris à Londres, de Berlin à Los Angeles, en passant par les principaux festivals de l’Hexagone.

Jetée à corps perdu dans la musique et toujours accompagnée de sa guitare Guild, Lou Doillon a écrit et composé une trentaine de titres pour ébaucher le successeur très attendu de Places. Avant de jouer la fille de l’air, cherchant loin de la capitale parisienne où elle vit toujours un autre environnement, un souffle nouveau, une atmosphère différente. « J’ai toujours eu une attirance particulière pour les artistes canadiens, de Leonard Cohen à Neil Young, de Rufus Wainwright à Timber Timbre. Je suis également très sensible aux grands espaces du Canada », reconnaît l’intéressée. Dans les studios Hotel2Tango à Montréal, d’ordinaire fréquentés par les musiciens du label culte Constellation, elle a trouvé auprès de Taylor Kirk (tête pensante et chantante du groupe Timber Timbre) l’oreille idoine pour mettre en forme et en relief ses onze nouvelles compositions. Une première session d’enregistrement s’y déroule entre Noël et le jour de l’an 2015, immédiatement si convaincante que deux autres se succèderont les mois suivants. La chanteuse française et le musicien canadien partagent, en effet, une vision commune sur le son, la réverbération, le traitement des instruments – autant

de critères essentiels qui l’ont précisément séduite dans le dernier et cinquième album de Timber Timbre, le bien nommé Hot Dreams (2014).

Ainsi, Lou Doillon et Taylor Kirk, qui signe là sa première production étrangère, ont- ils décidé de coréaliser à quatre mains ce second album, baptisé Lay Low – un titre à plusieurs lectures (« se mettre en retrait » autant que « la mettre en sourdine » ou « se mettre au vert »). Déjà auteure, compositrice et interprète, Lou ajoute ainsi une nouvelle corde à son arc : productrice. Elle achèvera certains titres (Weekender Baby, Lay Low) et quelques arrangements additionnels entre Paris et Londres avec la complicité de ses musiciens de scène, en particulier François Poggio et Nicolas Subréchicot. Elle décide enfin de confier le mixage de l’album au metteur en son des albums de Nick Cave, Nick Launay, étant également intimement convaincue de son apport au travers des mixes d’Arcade Fire.

Moins direct mais plus dense et contrastée que son prédécesseur, Lay Low se révèle au fur et à mesure des titres qui défilent comme des paysages de terres américaines. On voyage entre ballades folk, blues cinématographique et soul cuivrée : une americana à la fois référencée et moderne, sublimée par la voix troublante de Lou Doillon. Le premier single extrait, Where To Start, fait savamment la jonction – tout en balancements savants et blues diapré – entre les deux albums.

Au générique de Lay Low, figure également une chanson déjà interprétée sur scène, Weekender Baby, où la voix gracile de Lou Doillon, qui l’a imaginée comme un cadavre exquis, se joue à merveille du dépouillement acoustique. À l’inverse, sur Let Me Go (sûrement une des pièces maîtresse du disque), les arrangements se font majestueux jusqu’au climax final – frissons assurés. Si Above My Head évoque les fantômes du passé, Worth Saying aborde, sur un tempo entraînant, la morte saison. C’est justement la grande force de l’album de multiplier les ambiances et les couleurs. À l’image de sa pochette, un autoportrait ébouriffé pris au réveil et parfaite antithèse du portrait soigné du premier LP, Lay Low s’apprivoise avant de s’écouter sans modération.

 

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