SOKO

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« Lorsque les gens me demandent quel genre de musique je fais, » confie Soko, « je leur réponds généralement: des secrets punk ». Intimes, lo-fi, déjantées, sexy, drôles, pleines de larmes, déchirantes, parfois tout à la fois, les chansons de cette Française explosive ont déjà ému un public dans le monde entier et lui ont valu une base de fans mondiale. Lors d’un concert en Australie en 2009, 15 000 personnes chantaient avec elle.

Depuis l’adolescence, Soko a eu un parcours rempli de hauts et de bas. Partant d’un stock de plus de 100 chansons, elle a finalement retenu une sélection de 14 titres, pour former son premier album.

Intitulé ‘I Thought I Was An Alien’, les notions d’amour, de perte et d’inquiétude y sont omniprésentes, rappelant tous ces sentiments humains fondamentaux qui vont bien au-delà de toute explication rationnelle. Néanmoins, à l’instar de l’un de ses plus grands héros, Daniel Johnston, Soko possède cette aptitude rare à mettre ouvertement en musique ces sentiments d’une façon parfois dévastatrice, mais aussi, simple et euphorisante. «La seule chose que je fais, c’est pleurer sur ma guitare, » explique-t-elle.

« Pourquoi ai-je pris autant de temps pour faire mon album ? » s’interroge-t-elle. « Parce que je suis une control freak.. Je voulais me sentir entièrement indépendante dans ma musique. Je n’aurais pas pu sortir quoi que ce soit avant d’être sûre de pouvoir le produire moi-même, de pouvoir jouer tous les instruments, à l’exception des cordes et des cuivres, et de contrôler tous les aspects de l’album, tous les arrangements, tous les sons. »

Comme un grand nombre de troubadours de sa génération vivant de peu, Soko a commencé avec sa voix seule, sa guitare acoustique et GarageBand. Après s’être installée à Paris, ses premières démos ont été découvertes par des stations de radio au Danemark, en Belgique et en Australie, faisant d’elle le nouveau buzz, contre sa volonté. En 2007, sa musique a été jouée pendant un défilé de Stella McCartney à Paris. Soko a donné des concerts aux côtés de Daniel Johnston, MIA, Babyshambles, Adam Green, Jeffrey Lewis, Seasick Steve et de nombreux autres artistes.

Sous pression, peut être, elle est passé du home studio au vrai studio, travaillant avec des producteurs qui faisaient venir des musiciens de studio pour être son backing band. «d’un coup, mes chansons sonnaient beaucoup trop produites » dit-elle avec un ton désapprobateur. « Tous mes amis disaient, ‘ca ne sonne plus comme toi, j’ai plus l’impression que tu me confies un secret, et que ca ne s’adresse qu’a moi’. Entendre ça a modifié la manière dont je fais de la musique : je voulais que les gens aient l’impression d’être dans la même pièce que moi quand je chante, comme si je chantais juste dans le creux de leurs oreilles. »

Le jeu de guitare de Soko a lui aussi évolué, du style lo-fi punk jusqu’aux sonorités fluides et complexes de guitare picking inspiré de Roy Harper, Michael Hurley, Davey Graham, Karen Dalton et Jackson C Frank, qu’elle a beaucoup écouté.

En 2008, Soko s’est installée à Los Angeles. Ayant accumulé un grand nombre d’enregistrements, elle réalisa bientôt qu’elle avait besoin de quelqu’un pour canaliser tout ca. Après quelques mois et plusieurs propositions sans issue, à la fin de l’année 2010, elle rencontre Fritz Michaud, dont elle admirait le travail sur l’un de ses disques préférés ‘From A Basement On The Hill’, le dernier album d’Elliott Smith.

J’ai travaillé avec Fritz tous les jours pendant huit mois, juste sur son laptop et une petite paire d’enceintes, et on a fini l’album comme ça. On a torturé les chansons: en les accélérant, les ralentissant, changeant de tonalité, tout en s’assurant qu’elles restaient lo-fi et brutes, aussi intimes que possible, et que chaque élément sonore était nécessaire. Quand on était bloqué, on utilisait les cartes ‘oblique strategies’ de Brian Eno. Parfois, après une journée intense au studio ou on n’avançait pas, je rentrais chez moi et j’écrivais et enregistrais une toute nouvelle chanson sur GarageBand, puis le lendemain, j’y retournais en disant, ‘J’ai enregistré une nouvelle chanson, on peut la mixer ?’ »

« Quand je compose, » confie-t-elle, « ce n’est pas juste pour ajouter une chanson à mon album, je m’adresse vraiment a quelqu’un, c’est comme un cadeau pour cette personne, une lettre musicale– j’écris, j’enregistre et cinq minutes plus tard, je la lui envoie – c’est ma façon de communiquer avec les gens, car je suis un peu autiste. Peut-être que je devrais me censurer davantage, mais je n’arrive pas a être moins directe..

‘I Just Want To Make It New With You’ a donc été composée pour le petit-ami de Soko à cette époque, « comme une chanson qu’il aurait pu écrire pour moi ». Elle dit qu’elle écrit le mieux et de manière beaucoup plus prolifique quand elle a une muse. Alex Ebert, de Edward Sharpe & The Magnetic Zeros, était apparemment l’une d’entre elles, et l’a beaucoup aidé a accepter ce son si dénudé, brut et direct..

Soko s’est entouré d’amis proches quand elle avait besoin de nouvelles perspectives sur certaines chansons.. ‘Stella Mozgawa ( la batteuse génie de Warpaint ) est venue ajouter sa magie. Je lui disais ‘Peux-tu jouer des solos de guitare un peu bizarres et catchy qui sonne comme « Television » ?’ Elle trouvait des super hook, on les rebossait ensemble.. Un vrai travail d’équipe.’ Pour enregistrer les cordes de ‘We Might Be Dead By Tomorrow’, son amie Indiana est arrivée au studio et elle savait exactement ce que Soko voulait entendre: « le son des baleines qui chantent et qui pleurent.  »

Le thème récurant de tragédie mortelle des chansons de Soko est le résultat d’expériences difficiles. « J’ai été confronté a la mort très jeune » confie-t-elle, « j’ai perdu mon père quand j’avais cinq ans, mon parrain à huit ans, mon grand-père à neuf, ma grand-mère à dix, puis mes autres grands-parents quand j’avais seize ans. Donc ‘We Might Be Dead By Tomorrow’ communique ce désir de vivre ma vie dans le présent, de m’assurer que je fais tout ce que je peux, que je suis en création constante, au maximum de mes capacités tous les jours, même si la plupart du temps, ce n’est pas le cas – mais au moins j’essaie. ‘I’ve Been Alone Too Long’ – c’est encore une chanson sur la mort de mon père. »

Dans ‘Treat Your Woman’, sa voix paraît à bout de souffle, comme si elle avait pleuré pendant des heures avant de l’interpréter, ce qui est peut-être le cas, tellement le sentiment de trahison exprimé dans les paroles est déchirant. Un de ses fans est venu la voir après un concert pour lui dire qu’il avait arrêté l’héroïne après avoir écouté « For Marlon » qui parle de sa relation torturée avec un addict a qui elle demande d’arrêter la drogue..

Lorsqu’elle chante dans « No More Home, No More Love » une existence sans racine, on comprend qu’il s’agit réellement de sa vie. « Je ne suis qu’une squatteuse de canapé, sans maison, citoyenne du monde, qui dépend de l’amour et de la générosité de mes amis pour survivre » dit-elle en riant.

Après une longue introspection, ‘I Thought I Was An Alien’ présente un talent singulier arrivé à maturité. Comme tout artiste atteint d’hyperactivité créative, Soko parle déjà avec enthousiasme de ses prochains albums, de ses nouvelles chansons fraichement écrites, comme si elle était déjà passée à autre chose.

 

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